Le Lagartario de la Gomera

Mai 2019

 

Par Alexandre Mamin

 

En collaboration avec Carlos Rodriguez et Sonia Rodriguez

 

 Lors du printemps 2019, nous avons effectué un voyage sur l’île de La Gomera.

 

 

Le but de ce voyage était la visite du Centre de conservation (Lagartario) du lézard géant de La Gomera, Gallotia bravoana (HUTTERER, 1985), situé à Valle Gran Rey dans le sud-ouest de cette île, afin de continuer à nous familiariser avec les techniques de préservation de lézards menacés, et de pouvoir en apprendre plus sur ces animaux.

 

 

La Gomera est l’une des sept îles principales des Canaries. Cette île, au climat très variable suivant les endroits où l’on se trouve, culmine à 1487m d’altitude au sommet du Garajonay. Cette montagne a donné son nom au parc national du même nom, siège d’une importante forêt humide de Laurisilva alimentée en eau par la « pluie horizontale ». 

 

Source : Google Earth

 

 

Cet archipel compte 3 genres de reptiles terrestres natifs. Elles possèdent un genre de lézard endémique, le genre Gallotia (Boulenger, 1916), appartenant à la famille des Lacertidae.

 

 

 

Le genre Gallotia est retrouvé sur toutes les îles des Canaries. Il se divise en trois groupes principaux.

 

-        Les espèces de petite taille

 

-        Les espèces de taille moyenne

 

-        Les espèces de grande taille

 

Les deux autres genres de reptiles terrestres indigènes des Canaries sont :

 

-        Le genre Chalcides (Laurenti, 1768)

 

-        Le genre Tarentola (Gray, 1825)

 


La faune reptilienne native de La Gomera est divisée comme suit :

-             Tarentola gomerensis (Jogger & Bischoff, 1983), un gecko de la famille des tarentes
-             Chalcides coeruleopunctatus (Salvador, 1975), un scinque
-             Gallotia caesaris gomerae (Boettger & Müller, 1914), un lacertidé de taille moyenne
-             Gallotia bravoana (Hutterer, 1985), un lacertidé de grande taille

Nous avons traversé l’île de La Gomera d’est en ouest, en nous arrêtant de manière ponctuelle à divers endroits afin de prendre en photo l’herpétofaune locale. Notre point de départ était la capitale de l’île, San Sebastian de La Gomera. C’est d’ailleurs dans cette ville que nous avons pu observer notre premier lézard rencontré lors de ce séjour à La Gomera, Tarentola gomerensis :

Puis, nous avons traversé l’île en passant par la forêt et le parc de Garajonay.

 

 

Nous avons pu y observer le scinque de l’île de La Gomera, Chalcides coeruleopunctatus, appelé localement « la lisa de La gomera »

 

 

 

Chalcides coeruleopunctatus, juvénile :

 

Enfin, nous nous sommes rendus à Valle Gran Rey, station balnéaire de l’autre côté de l’île.

 

 

Dans cette ville se trouve le centre de conservation dédié à G. bravoana. C’est également à cet endroit que l’on trouve un site d’intérêt scientifique, Charco del Cieno, qui est un lieu de passage d’oiseaux migrateurs. Il est l’habitat par excellence de quelques oiseaux, notamment la fauvette mélanocéphale et la fauvette à collier, respectivement Sylvia melanocephala et Sylvia conspicillata. En terme d’herpétofaune, nous y avons observé uniquement Gallotia caesaris.

 

Gallotia caesaris, juvénile :

 

 

 Le Centre de conservation du lézard géant de La Gomera, ou Lagartario de La Gomera a été mis sur pied dans le cadre du « Plan de Recuperación » de ce lézard, qui n’a été décrit scientifiquement qu’en 1985 à partir de fossiles. La présence de ce lézard était soupçonnée depuis quelques décennies mais aucun individus vivants n’ont pu être identifiés de manière certaine.

 

 

Ce n’est qu’en 1999 que la présence d’individus vivants a pu être documentée. Le Lagartario se trouve proche des falaises où vit Gallotia bravoana dans la nature. La situation de ce centre est donc idéale pour permettre à cette espèce de s’habituer aux conditions climatiques auxquelles seront confrontés les individus relâchés dans la nature.

 

 

Le Lagartario est dirigé par Mme Sonia Rodriguez qui est l’une des deux biologistes environnementales y travaillant, et qui a eu la gentillesse de nous accueillir et nous instruire sur les méthodes de conservation du lézard géant.

 

 

Sculpture ornant l’entrée du centre de conservation :

 

 

Le Lagartario de La Gomera est composé principalement d’une maison habritant de nombreux terrariums destinés à la ponte des animaux, des incubateurs, du matériel pour le soin des animaux ainsi que divers matériels d’information sur le lézard géant de La Gomera. Le système de terrarium intérieur pour la ponte des femelles gravides, inspiré du Lagartario de El Hierro, a permis d’augmenter drastiquement le taux de réussite de naissance au Lagartario.

 

 

En effet, en 2018, ce n’est pas moins de 86 individus (Rodriguez, pers. comment) qui ont vu le jour au centre contre 17 en 2004. (Sämann, 2007)

 

 

Exemple d’incubateur géant :

 

Exemple d’enclos intérieur servant à la ponte :

 A cette infrastructure s’ajoutent diverses rangées de grands enclos extérieurs mesurant plusieurs mètres de profondeur et de longueur, permettant un maintien optimal des adultes reproducteurs, ainsi que des jeunes nés en captivités au centre.

 

 

Ces enclos sont plantés avec différentes espèces de végétaux provenant des îles Canaries afin de permettre aux lézards de s’épanouir pleinement et être habitués à leur futur habitat. Ces plantes leur apportent également une source de nourriture naturelle lorsqu’elle sont en fleur ou portent des fruits.

 

 

En effet, bien qu’opportuniste en terme de régime alimentaire, ces lacertidés insulaires, une fois adulte, ont un régime composé essentiellement de végétaux. Les jeunes se nourrissent plus volontiers d’arthropodes. Le Lagartario prend donc soin d’apporter des insectes pour nourrir les juvéniles.

 

 

Assiette de divers végétaux mis à disposition des lézards dans chaque enclos :

 

 

Exemples d’enclos extérieur :

 

 

En plus d’habituer les lézards aux conditions climatiques et aux plantes se trouvant dans leur milieu, le Lagartario possède également une maquette d’oiseau de proie permettant d’apprendre aux lézards de fuir face à ces prédateurs.

 

 

Exemple de maquette servant à éduquer les lézards :

 

 

 

 

Il est à noter que la pression engendrée par les oiseaux de proie n’est pas la plus importante. En effet, la menace principale en termes de prédation sur les lézards est engendrée par la forte présence de rats et de chats harets. Il n’est malheureusement pas encore possible d’apprendre aux lézards à fuir ces animaux.

 

 

Des pièges servant à capturer ces prédateurs ont été installés dans la région. Toutefois, ceux-ci semblent uniquement fonctionner sur les rats. Il est donc important de faire stériliser les chats errants afin d’éviter que ceux-ci ne se reproduisent, et qu’ils ne continuent à mettre en danger l’écosystème de Valle Gran Rey.

 

 

Juvénile de G. bravoana en  captivité au Lagartario de La Gomera :

 

 

 

 

Spécimen adulte de G. bravoana au centre :

 

Nous remercions Mme Sonia Rodriguez pour son accueil, son temps et son partage de connaissance.

 

 

Nous avons pu apprendre et observer de nombreuses choses intéressantes pour la conservation et la préservation de lézard endémique. Ce fût un véritable plaisir de pouvoir échanger sur les moyens de protection de la faune. Nous espérons que notre visite pourra être mise à contribution autant pour le Lagartario que pour le refuge Reptiles-Reptilien.

 

Bibliographie :

 

Nogales, Manuel, Juan C. Rando, Alfredo Valido and Aurelio Martín 2001. Discovery of a living giant lizard, genus Gallotia (Reptilia: Lacertidae), from la Gomera, Canary Islands. Herpetologica 57 (2):169-179

 

 

Sämann (2007), Besuch bei den ,,Rieseneidechsen" auf La Gomera, Die Eidechse, Jg. 18, H. 1, S.22 25

 

 

Salvador, A. (2015). Lagarto gigante de La Gomera – Gallotia bravoana. En: Enciclopedia Virtual de los Vertebrados Españoles. Salvador, A., Marco, A. (Eds.). Museo Nacional de Ciencias Naturales, Madrid.